Ce que disent les chevaux...

Tout comme nous, les chevaux utilisent un véritable langage pour pouvoir communiquer entre eux. Si l’humain a su au cours de son évolution, élaborer un langage verbal précis et complexe, le cheval quant à lui, a davantage développé un moyen de communication non-verbal : le langage corporel.

Bien qu’ils aient quelques fois recours à des sons, le langage que le cheval utilise  pour communiquer avec ses congénères est principalement silencieux. Cela pourrait s’expliquer par le fait que, étant un animal de proie, le cheval n’avait pas avantage dans la nature à être bruyant car il se serait rapidement fait repérer par ses prédateurs. Il a donc conservé et perfectionné au fil des millénaires son langage gestuel et postural afin de comprendre et d’être compris de ses congénères et ce,  même à une certaine distance.

Il existe, dans tout le répertoire de mimiques et de la gestuelle du cheval, quatre postures clés qui reviennent toujours, indépendamment du caractère ou de la race. Il s'agit d'un moyen efficace et rapide de décoder l'état psychologique de n'importe quel cheval et d'identifier un éventuel mal-être.

1) Posture d’évaluation

Aussi appelée position d’alerte ou d’observation, elle est adoptée lorsque le cheval se questionne sur ce qui se passe dans son environnement. Il regarde, analyse, évalue une situation ou un élément suscitant son attention. Le cheval se tient la tête plus haute que la ligne de son dos et il est immobile. C’est en quelque sorte une posture «neutre», car le cheval évalue l’élément nouveau (par exemple un bruit soudain, un vélo qui passe, un humain qui approche…) sans avoir encore d’opinion. Dépendamment de ce qui se passe par la suite,  si l’élément est détecté comme menaçant par le cheval, il entrera alors dans une réaction de peur qui le mènera à fuir ou à se montrer agressif (voir posture de défense "active"). Au contraire, si l’élément évalué par le cheval n’est pas détecté par celui-ci comme une menace, il se détendra et reprendra ses activités (voir posture de détente).

2) Posture de défense "active"

Lorsque le cheval adopte cette posture, quelque chose ne va pas pour lui. Il éprouve de la peur, de l’appréhension, de la colère… On reconnaît cette posture par l’attitude du cheval qui porte sa tête plus haute que la ligne de son dos et qui est en mouvement au pas, au trot ou au galop, souvent avec les oreilles couchées. La posture de défense "active" peut être simplement de la fuite, ou encore tourner à l’agression (morsure, ruade, cabrade…) Le cheval adoptant cette posture n’est pas bien, et il l’exprime sous forme de comportements de défense. C’est le seul moyen dont le cheval dispose pour nous dire que quelque chose ne va pas. Il est donc inapproprié de le punir, il faut au contraire l’encourager à évacuer (selon une technique adaptée) ses tensions intérieures afin qu’il se sente mieux, et essayer d’en trouver la cause et d’y remédier.

3) Posture de détente

La détente est le plus bel état dans lequel le cheval puisse se trouver. C’est aussi la plus belle récompense qu’on puisse lui offrir. Un cheval détendu est un cheval heureux ! Nous devrions toujours chercher à retrouver cet état chez notre cheval. Une détente est réelle lorsque le cheval porte sa tête égale ou plus basse que la ligne de son dos. Il peut être en détente à l’arrêt, avec ou sans un postérieur relevé, mais aussi être en mouvement l’encolure basse. Un cheval dans cette attitude est sécuritaire et bien dans sa tête.

4) Posture de défense «passive»

Il s’agit d’une posture adoptée chez de nombreux chevaux dans la domestication. C’est une variante de la posture de défense "active" dont nous avons parlé ci-haut, mais qui traduit un mal-être encore plus important chez le cheval. Celui-ci étant fait pour s’exprimer par le mouvement (et non par la parole comme nous), le seul moyen dont il dispose pour «parler» est son corps. Cependant, nos chevaux domestiques se retrouvent souvent enfermés, attachés, enrênés… bien peu libres de leurs mouvements. En temps normal, lorsqu’un stress arrive, le cheval va l’évacuer en bougeant. Selon l’ampleur du stress pour le cheval, cela peut simplement signifier marcher au pas, ou encore aller jusqu’à la course et aux cabrioles. Ce comportement est sain, car il permet au cheval d’exprimer son stress et de libérer la tension. Par contre, lorsque le cheval est tenu et limité dans ses mouvements, voire pire corrigé lorsqu'il essaie de s'exprimer, il lui est impossible d'évacuer son stress et il va donc le garder à l'intérieur de lui et l'accumuler. Le cheval va alors devenir immobile, la tête haute, les oreilles dirigées vers l'arrière, les yeux parfois mi-clos et un postérieur relevé, donnant une fausse impression que le cheval s’est calmé. Il semble «dans la lune». Cette position est souvent confondue avec de la détente, alors qu’il n’en est rien. En fait, le cheval est loin d’être détendu et il «bouille» de l’intérieur. Une étude réalisée avec vingt chevaux présentant cette posture, a démontré que les chevaux adoptant la posture de défense "passive" avaient  un rythme cardiaque  significativement  plus élevé que lorsqu'ils étaient en posture de détente. Ce n’est pas parce qu’un cheval ne bouge pas qu’il est calme.  Il s’agit d’un mécanisme de défense adopté par tous les mammifères à des degrés divers pour échapper mentalement à une réalité désagréable qu’ils ne peuvent pas fuir physiquement.

Dans la domestication, le cheval adopte les mêmes comportements et les mêmes postures significatives que ses ancêtres sauvages. Son langage corporel demeure inchangé, et en tant que propriétaires, cavaliers, entraîneurs ou amoureux de chevaux, ces quatre postures vous seront utiles dans tous vos contacts avec eux pour mieux interpréter leurs comportements et éventuellement, les utiliser pour pouvoir envoyer des messages à notre tour.

 

Sandy Letarte, technologue en comportement équin et Claudia Parent, homéopathe et consultante en comportement équin

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